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Michel Thizon, Créateur de SOS PAPA, vient d’être nommé au grade de chevalier dans l’ordre national de la légion d’honneur
Vous avez pu le remarquer, sur la couverture de ce numéro de notre magazine : le créateur de SOS PAPA, notre « père spirituel » a reçu, des mains de notre Marraine, Madame Evelyne Sullerot, la Médaille de la Légion d’Honneur.
- Cette reconnaissance, par l’État, de la « justesse » du combat initié par Michel Thizon,
- cette reconnaissance que ce combat de SOS PAPA est un « service rendu à la Nation »,
- cette reconnaissance implicite des dysfonctionnements de notre Justice Familiale par l’Etat lui-même,
- cette reconnaissance que nos enfants sont l’avenir de la Nation et que ces mêmes enfants sont, aujourd’hui, en très grand danger,
- cette reconnaissance que les actions, les structures, les philosophies mises en place par notre « Président Fondateur » sont une réponse pertinente, adaptée et courageuse
tout cela nous va droit au cœur.
Nous félicitons, nous aussi, Michel Thizon pour toutes ces actions en faveur de la coparentalité, du lien père-enfant.
Et nous le remercions pour nous avoir ouvert la voie … et, probablement, de nous avoir donné le courage de dire non à la fatalité des « errements » de notre Justice Familiale.
Mais je ne prendrai pas le risque de « faire un discours » sur cet évènement. Je me contenterai de reproduire celui de quelqu’un d’infiniment plus compétent, notre Marraine, Madame Evelyne Sullerot, .. et la réponse du très méritant « récipiendaire » Michel Thizon
Alain Cazenave
Extraits du discours prononcé par Evelyne Sullerot
lorsqu’elle a remis les insignes de Chevalier de la Légion
d’Honneur à Michel Thizon, fondateur de SOS Papa, le 9
novembre 2007. Puisque cette cérémonie est, disais-je, avant tout symbolique, attardons-nous un instant sur le symbole que représente aujourd’hui notre duo. Vous, Michel THIZON, jeune et dynamique grand-père qui avez consacré tant d’intelligence, de temps et d’énergie pour dénoncer les tribunaux qui, immanquablement, favorisaient les femmes mères et, injustement, séparaient sévèrement un père aimant et méritant de ses enfants, vous, Michel THIZON, avez choisi pour marraine dans la Légion d’Honneur la vieille arrière-grand-mère que je suis, connue pour avoir en son temps lutté contre une législation inepte qui interdisait aux femmes la maîtrise de leur propre fécondité en leur interdisant toute contraception ; connue pour avoir fondé le MFPF (Mouvement français pour le planning familial) et donc fait des femmes des décideuses en matière de procréation et des mères toutes puissantes! Notre duo n’est-il pas paradoxal ?
Notre duo, aujourd’hui, est un symbole de concorde et de souci de
l’intérêt général. L’un et l’autre,
en notre temps, nous nous sommes battus contre des lois et des pratiques
judiciaires, - moi pour les femmes, vous pour les hommes - mais jamais
nous n’avons voulu dresser les femmes contre les hommes, les hommes
contre les femmes, bien au contraire. Notre but ultime a toujours été l’intérêt
et le bonheur des enfants, la juste reconnaissance de la responsabilité éducative
des mères et des pères, même dans les familles séparées
par le divorce. J’ai fondé le planning en 1955 et la loi n’a
légalisé la contraception féminine qu’en 1967
: douze ans de luttes. Vous avez fondé SOS Papa en 1990 et la loi
n’a confié l’autorité parentale aux deux parents
même séparés qu’en 2002 : douze ans de luttes.
Et encore, l’un et l’autre nous avons appris que le verrou
législatif levé, rien n’est encore acquis, et qu’il
faut encore lutter pour que les pratiques deviennent justes et harmonieuses. Si cette décoration vient surtout honorer votre action, cela ne
me dispense pas de la plaisante obligation d’éclairer vos
amis ici présents sur votre personnalité et votre parcours
de vie. Qui est Michel THIZON qui a eu le courage, l’imagination,
la force de caractère et la constance nécessaires pour dépasser
son cas personnel, et fonder, et diriger une association qui a rendu service à tant
de pères et d’enfants ? Les épreuves qui l’ont
frappé dans sa vie privée en auraient abattu plus d’un.
Et puis, il était seul, sans soutiens puissants, incompris des autorités
et de l’opinion du moment. Et puis il a souvent été jalousé,
méchamment critiqué et lâché par d’autres
pères blessés qui avaient créé une association
concurrente ou voulaient prendre le pouvoir dans la sienne... Michel THIZON est un homme de l’Ouest, qui connaît ses racines
familiales tant bretonnes que poitevines : parents, grands-parents, aïeux. Mémoire bien française : il a toujours su que son grand-père
avait été tué à Verdun, que sa grand-mère
avait une dizaine de frères et sœurs nichés dans les
Deux-Sèvres, etc. Il considère que c’est important
pour un enfant de savoir d’où il vient, de n’avoir pas
de problèmes d’identité. Ainsi, il a connu toute son
enfance, et beaucoup aimé un “beau-grand-père” qui
avait épousé sa grand-mère très jeune veuve,
bien avant sa naissance. Il savait que ce grand-père n’était
pas son aïeul, il n’y avait pas de secret. ni de flou, cela
n’empêchait nullement l’affection. Aussi, aujourd’hui,
Michel THIZON échappe-t-il à l’hystérie anti-ADN
qui s’est emparée de la France. Parce qu’il a une forte
culture scientifique, il sait bien qu’on ne pourra nier, indéfiniment,
la part de la filiation génétique dans le tempérament
et les potentialités d’un enfant, et qu’on ne pourra,
indéfiniment, réserver aux seuls magistrats le maniement
d’une découverte aussi considérable que celle de l’ADN,
signature indéniable d’identité et de filiation. Parce
qu’il a aidé beaucoup d’hommes en crise, il sait bien
qu’on ne pourra, indéfiniment, les empêcher de chercher
librement la vérité sur leur paternité. Et qu’il
faudra bien aussi reconnaître aux enfants qui réclament la
vérité sur leurs origines le droit de les rechercher et de
les établir une fois adultes. Un jour, inéluctablement, on
traitera ces problèmes calmement, et ce sera un progrès important
pour les familles, spécialement pour les pères, et un progrès
irréversible. Michel THIZON, lui, connaît bien ses racines
et a des souvenirs heureux des vacances chez les grands-parents, la pêche
au gardon, les moissons et la batteuse dans la ferme à côté,
les poules et les lapins dans le jardin, la crémaillère dans
la cheminée. Aîné de cinq enfants, Michel avait une mère brillante,
professeur de lettres à Nantes, qui avait été reçue
major à l’ENSET. Il avoue l’avoir “mise sur un
piédestal”, ce sont ses mots. Elle est morte quand il avait
24 ans. Il n’a donc aucun compte à régler avec les
mères. C’est plutôt à son père, sur un
fond de bonne affection, qu’il va s’opposer quand, après
une scolarité primaire exemplaire, il va, vers 11-12 ans s’interroger
sur le sens de la vie, se dissiper et devenir un tel cancre que ses parents
ne voient qu’une solution : le faire passer de l’enseignement
général à l’enseignement technique, et le mettre
pensionnaire. Il se retrouve, de 14 à 18 ans, interne dans une école
nationale professionnelle de chimie à Rouen. Il juge, a posteriori,
que le remède fut positif : il fit avec profit l’apprentissage
de la vie en collectivité (cela le servira pour la vie associative)
et il s’intéressa enfin à son travail. Il prit goût
aux sciences, passa ensuite un concours et décrocha, à 19
ans, un BTS de chimie, avec lequel Il trouva aisément un emploi
dans la pétrochimie. Mais il a envie d’aller plus loin et,
lorsque, jeune marié, il vient travailler à Paris au labo
ANTAR, il se lance dans un éprouvant marathon : après le
boulot, les cours du soir du CNAM, et cela pendant HUIT longues années,
jusqu’au diplôme d’ingénieur en Chimie industrielle,
obtenu à 33 ans, alors qu’il est déjà père
de deux filles. A force de travail et de persévérance, il
a rattrapé l’accroc fait dans son cursus à la préadolescence!
Ingénieur, il fait sa thèse en travaillant dans un laboratoire
de l’Ecole Polytechnique ... sans avoir passé son baccalauréat
! Le voilà ingénieur en chef, qui fait des missions ( Algérie,
Brésil, Congo Brazzaville, etc..) de transferts de technologie,
organisation, développement des ressources humaines. Marié jeune, il a deux filles. Voilà ce qu’il écrit
de la paternité : “l’enfant conçu de façon
volontaire et maîtrisée est le prolongement de soi-même
par la moitié d’ADN qu’on lui a donnée, - donc
de son identité intime intangible - par la transmission de sa culture,
par l’affection profonde qu’on lui porte. L’enfant est
une réponse partielle à l’angoissante question : Où vais-je
? Quel est mon devenir ? L’enfant est la résultante, miracle
de la vie, concrète et égalitaire de son père et de
sa mère qui sont unis en lui à l’infini.” (Puis vint, pour Michel THIZON, le temps des épreuves, la mort de
sa femme, un remariage, un terrible divorce qu’il gagne de haute
lutte, mais cependant, contre toute justice, le sépare de sa dernière
fille.) Il est tellement scandalisé, autant que blessé, qu’il
va se lancer dans une vraie enquête sur la justice matrimoniale.
Il fouille les archives, réunit toutes les données du ministère
de la Justice et il découvre, derrière son drame personnel,
un énorme système bancal qui, à chaque séparation
de couple ou presque (et elles se multiplient alors), croit devoir démolir
la famille et éloigner, systématiquement ou presque le père,
en lui laissant, au mieux, une paternité croupion à temps
très limité. En 1990, il fonde l’association SOS PAPA. L’année suivante,
il lance sa revue, qui existe toujours. Il reçoit des pères,
fait des manifestations, prend des contacts à l’étranger,
se tient étroitement en liaison avec les élus, le ministère
de la Justice, les avocats, les psychologues et sociologues : tout cela
lui prend tellement de temps qu’il décide de ne plus travailler
dans une grande entreprise privée, et il crée, en 1993, sa
propre SARL THIZON CONSULTANTS. Un tiers de son temps va à la
vie associative. Je veux, ici, souligner certains traits spécifiques de la réaction
de Michel THIZON au désastre intime qui le prive de sa dernière
fille.
Pendant ses treize années de présidence de SOS PAPA, Michel
THIZON a reçu et conseillé environ 5 000 pères. Si
ce fut une des tâches les plus usantes de son activité, ce
ne fut pas toujours la plus gratifiante. Certes de nombreux pères
lui ont été reconnaissants et ont compris qu’il fallait
conduire tous ensembles une action coordonnée en constants rapports
avec les pouvoirs publics, - c’est ce que font actuellement les membres
du bureau de SOS PAPA sous la présidence active et responsable d’Alain
CAZENAVE. Mais il faut bien reconnaître que de nombreux pères
arrivés comme des écorchés vifs à SOS PAPA
n’ont pas toujours accepté que l’association ne les
fasse pas gagner magiquement en justice à tous les coups, et se
sont montrés impatients, voire ingrats, tandis que d’autres,
qui avaient été bien conseillés, ont disparu dans
la nature sitôt leur problème résolu. SOS PAPA, certaines
années, engrangeait plus de 1.000 nouveaux adhérents, mais
bien peu renouvelaient leur adhésion après les services
rendus. C’est curieux, mais les hommes ont relativement peu aidé Michel THIZON, et ce sont plutôt des femmes, mères de famille, qui ont approuvé et partagé son désir de réintroduire le père dans l’éducation des enfants du divorce. Je pense à Denise CACHEUX, députée socialiste, rapporteur de la loi de 1993. Je pense à Annie DUPEREY, comédienne charmante et mère attentionnée qui avait trouvé, lors de son propre divorce, qu’on ne laissait rien à son ex et que ce n’était pas bon du tout pour leurs enfants. Je pense à toutes ces talentueuses avocates que j’ai vu soutenir SOS PAPA. Je pense
bien sûr à Ségolène ROYAL qui a lutté jusqu’au
bout quand elle était ministre de la Famille pour faire adopter
in extremis par le Sénat la loi du 4 mars 2002, laquelle
modifie profondément l’assise de la famille en considérant
comme la norme que l’exercice de l’autorité parentale
(base de la responsabilité éducative) soit attribué aux
deux parents, la mère et le père, qu’ils soient mariés
ou non, qu’ils soient unis ou séparés. Je pense enfin à Valérie PECRESSE, actuelle ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, tout à fait sur la même ligne, je peux en témoigner, qui a eu la très excellente idée de décerner la Légion d’Honneur au fondateur de SOS PAPA. C’est avec joie et émotion que je vais obéir à son vœu et procéder à la décoration de Michel THIZON. |
Le DISCOURS de MICHEL THIZON D’abord merci, Madame Sullerot, pour le portrait élogieux
que vous venez de dessiner. Toutes les phases de ma vie ont d’ailleurs été marquées
par des femmes, depuis ma naissance jusqu’aux jugements de divorce… Vous êtes un peu pour moi comme une mère spirituelle, à moins
que ce ne soit une grande soeur spirituelle car depuis 16 ans que nous
nous connaissons, vous avez su à maintes reprises, m’encourager
dans mes travaux, me conforter dans la voie que je suivais, me guider dans
mes réflexions par votre vision pénétrante de la société française. Cette décoration dont vous venez de me remettre les insignes, et
qui est censée correspondre à quelque mérite, j’aimerais
la dédier en tout premier lieu à mes filles, mais également
aux 25.000 à 30.000 enfants de ces pères, très souvent
malheureux, qui ont été en 16 ans adhérents actifs
de SOS PAPA, pour défendre leur amour paternel et l’amour
filial en général. - Cet honneur, je dois le partager, bien évidemment, avec les très
nombreux bénévoles qui m’ont accompagné et aidé durant
toutes ces années. - Le mérite est une notion bien relative : la parabole des talents
dit que quand on a beaucoup reçu, on a moins de mérite que
d’autres à ce que l’on accomplit. Or, j’ai certainement été gâté, d’abord
en recevant de mes parents, par leur ADN et par leur éducation,
le caractère qu’il fallait sans doute avoir, pour faire ce
que j’ai fait, Vous savez que, il y a une vingtaine d’années, j’ai
connu des vicissitudes familiales, quelques semaines après la naissance
de ma dernière fille issue d’un remariage lui-même
assez bref. J’ai été rapidement stupéfait de découvrir
que dans une situation douloureuse de rupture, de divorce, au lieu que
les acteurs fort nombreux, judiciaires ou non, qui gravitaient autour de
la situation, apportent réconfort, intelligence, modération
et conciliation, -- ils apportaient aveuglement, bêtise ou bien jetaient
de l’huile sur le feu. Ainsi, pour moi, le système socio-judiciaire apparaissait non seulement
stupide et destructeur, cruel souvent, mais il était en plus immoral
et capable d’entériner un enlèvement d’enfant,
de légitimer des mécanismes de répudiation. J’ai découvert ainsi, par exemple : Tout ceci me semblait effrayant, pire que ce que j’avais pressenti. Y compris pour ma propre fille, Il fallait absolument réagir dans
cette société... apparemment partie à la dérive
et dans laquelle les conséquences sociales commençaient à se
faire cruellement sentir en terme : d’instrumentalisation de
l’enfant, de mal-être des jeunes, de délinquance infantile,
de drogues chez les jeunes. De suicides d’enfants qui avaient triplé dans
le même temps que le divorce triplait. L’Association SOS PAPA que j’ai présidée pendant
13 ans a tenté ce travail, à contre-courant de certaines
idéologies bien installées et dont quelques effets pervers
jettent un doute réel sur la qualité de la société dont
vont hériter nos enfants. Mais il reste encore beaucoup à faire et notamment à mieux
faire passer dans les pratiques concrètes de nouveaux principes
familiaux, que ce soit dans les tribunaux, les services sociaux, les
administrations. Dans les comportements de tous les jours. Cette évolution, nécessaire est en définitive culturelle,
donc lente et difficile. Dans la sphère publique, c’est l’amour du pouvoir
qui semble dominer. Les efforts faits pour atteindre la parité en
politique semblent se heurter encore à des relents de machisme.
Le taux des femmes élues au parlement était encore en France
en début d’année 2007 au même niveau que dans
l’Afrique subsaharienne. C'est-à-dire 11%. Nos politiques hommes lâchent apparemment difficilement le pouvoir
et admettraient semble-t-il avec réticence que les femmes puissent
gouverner aussi bien qu’eux. Au sein de la famille, qui occupe la sphère privée, ce
n’est pas « l’amour du pouvoir » qui
devrait s’exercer mais le « pouvoir de l’amour ».
Pourtant, des relents forts de maternisme semblent s’imposer puisque
selon les derniers chiffres connus, moins de 11 % également des
enfants de familles dissociées résident chez le père ;
et en général parce qu’ils sont assez âgés
pour imposer ce choix. Les mères lâchent apparemment difficilement la responsabilité des
enfants aux pères et admettraient semble-t-il avec réticence
que les pères puissent aimer et éduquer les enfants aussi
bien qu’elles. Pourtant,… qui a entendu parler de problèmes avec les veufs
qui élèvent leurs enfants ? Si le pouvoir politique doit être partagé entre les hommes
et les femmes pour être réellement démocratique,
il n’y aura pas non plus de vraie démocratie familiale,
il n’y aura jamais de vraie égalité des sexes sans
une incitation forte au partage équitable des responsabilités
et des rôles des pères et des mères dans la famille. La préservation équitable et la stabilité des liens
affectifs de l’enfant avec chacun de ses parents doit ainsi devenir
la priorité. Si nous poursuivons dans l’avenir notre combat pour la famille,
nous allons encore tomber sur des oppositions, sur des idéologies,
voire sur des sectarismes parfois. Mais quand plus tard, nos enfants jugeront nos actions et notre rôle
dans la société que nous leur remettrons en héritage,
diront-ils en parlant de nous : Je vous remercie. |
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